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Guadeloupe. Musique : Amateurs de musique, connaissez-vous le «Ring Shout » ?

Pointe-à-Pitre. Centre culturel Rémy Nainsouta. Lundi 19 juin 2017. CCN. Mercredi 7 juin s’est tenue une conférence de l’Université du Temps Libre, portée par l’Université des Antilles. Un thème résonnant aux oreilles des guadeloupéens qui ont rempli la salle de conférence : « Musiques traditionnelles et populaires – entre transmission et patrimoine ».


Philippe Sadikalay est musicologue, professeur de saxophone – de surcroît saxophoniste dans le groupe « Soft » – enseignant chercheur en littérature américaine et professeur d’anglais : un palmarès impressionnant pour ce passionné de musique, et particulièrement d’histoire de la musique. Il nous offre durant cette conférence un échantillon de sa thèse intitulée « Jazzanthropologie, lutte et reconquête par le geste artistique : le cas du « Ring Shout ».

Le Ring Shout, rituel religieux transcendant

Le Ring shout est un rituel d’abord pratiqué par les esclaves africains dans les colonies antillaises et étatsuniennes. Un dérivé des danses africaines, où hommes et femmes, embarqués dans un mouvement collectif, se déplacent en cercle en dansant, en piétinant des pieds et en applaudissant. Il y aussi du chant et des instruments de musique. Au 20ème siècle, certaines églises afro-américaines pratiquaient encore le Ring Shout.

Les Etats-Unis sont l’un des premiers pays à avoir traité de façon prioritaire la question de l’afro descendance. C’est un espace privilégier pour étudier le domaine des musiques traditionnelles. Depuis les années 40, des ouvrages de recherches voient le jour. Une véritable démarcation culturelle introduite par les membres des communautés eux-mêmes. Ces musiques sont élaborées dans le cadre de la ségrégation, de la discrimination. Il est néanmoins important de ne pas enfermer ce peuple d’une une unique dimension d’asservissement. Ce sont seulement des contextes propices à l’émergence de ce type de musique.

Des cultures empreintes d’africanité

Les musiques comme le Ring Shout ne peuvent se réduire à une forme de ravissement, suscitant l’émoi. Le son revêt beaucoup d’autres caractéristiques, beaucoup d’autres missions. Cette musique afro-américaine représente donc cet ensemble de lutte et d’accomplissement. Un élément sonore qui véhicule des idées.

En Louisiane durant l’esclavage, ce territoire immense et français à l’époque, regorgeait déjà de mœurs afro-américaines particulières. Les cultures étaient empreintes d’africanité. Durant leurs jours de congés, les esclaves se réunissent et profitent pour chanter, danser, évoquer le souvenir de l’Afrique, de la semaine passée. Dans le Ring Shout, le « commandeur », accessorisé d’un bâton, convoque sa communauté avec celui-ci. Il existe un certain dépouillement dans ces réunions, une forme de « question-réponse » incessant, se mélangeant dans un contexte à la fois séculier et sacré.

Les chercheurs en musicologie et en civilisation convergent encore aujourd’hui dans un sens commun : ils reconnaissent dans le Ring Shout les fondations de toute création musicale étatsunienne. Des éléments devenant filigrane de toute cette culture. la vision cohérente d’une matrice commune.

Musiques traditionnelles et populaires – entre transmission et patrimoine

 Une conférence à laquelle étaient également présents Régis Maulois, professeur d’espagnol à l’origine d’une thèse sur le Reggaeton, et Maëva Augusty, docteur en lettres, langues et culture régionale.