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Guadeloupe. Mac-bouffe, Admiral, Agoulou & Cie : les dessous de l’affaire.

Pointe-à-Pitre. Jeudi 27 juillet 2017. CNE. Comme cela arrive au moins une fois par an, la firme américaine de restauration rapide qui nourrit avec ses Big Mac bourrés de produits chimiques* chaque jour des milliers de Guadeloupéens a lancé au mois de juin dernier un nouveau produit à durée limitée : le Mac Goulou. La démarche marketing, sans doute bien pensée, était double : d’une part, conforter la clientèle guadeloupéenne en faisant référence nominalement à un sandwich made in Gwada (l’agoulou) et de l’autre, pour mieux capter une clientèle déjà méga-consommatrice de Big mac, instrumentaliser (le comble pour un artiste-musicien!) un artiste à très forte notoriété, qui n’hésita pas dans le passé à chanter « Fos a péyi la ! » et même à soutenir LKP : Admiral T !

Une fois la campagne lancée sur les réseaux sociaux, ce fut le déchaînement. Admiral T a essuyé les critiques les plus acerbes et souvent très dures. Il était pour certains un « traître », pour d’autres un « vendu à la malbouffe américaine » ou encore lui reprochait-on par cette campagne de favoriser l’obésité chez les jeunes…

Deux mois après, la polémique semble s’être un peu apaisée. Admiral T qui n’a pu rester insensible à de si nombreuses critiques, s’est d’abord exprimé dans un quotidien édité en Martinique puis a posté une vidéo intitulée « on s’en fout » dans laquelle il tente très maladroitement de justifier sa démarche. De passage en Guadeloupe, Carifil News Events (CNE) a rencontré l’artiste. Mais problème, le sandwich Agoulou, un produit 100 % guadeloupéen, est aussi une marque exclusive déposée à l’Inpi depuis près d’une dizaine d’années. Son propriétaire n’entend pas en rester là…

CNE : pourquoi toute cette polémique après votre pub Mac Goulou ?

Admiral T. Vous savez, j’ai déjà tourné la page. Cette polémique a duré plus d’un mois et j’estime qu’il faut savoir passer à autre chose.

D’accord mais ce brouhaha sur les réseaux sociaux, est-il à votre avis justifié ?

Je vous le dis, je ne tiens plus à m’exprimer sur le sujet car j’y ai déjà répondu. Cette polémique s’est développée alors que j’étais en pleine tournée. Chacun a le droit de balayer devant sa porte ou d’émettre des critiques mais à la condition que ces critiques soient constructives. Mais quand ça part dans tous les sens, ça devient complètement stérile.

Mais finalement, vous avez consenti à y répondre !…

Comme au fil des semaines on continuait à m’attaquer et que la polémique enflait, à un moment j’ai effectivement décidé de répondre. Mais je vais vous dire. Il m’a tout de même été étonné de constater qu’aucun journaliste de la Guadeloupe ne m’a contacté pour recueillir mon point de vue. France-Antilles Martinique m’a appelé et je leur ai accordé une interview. Je vous dirai que je n’ai pas pour habitude de répondre à la polémique.

Cette affaire vous a gêné et crée des soucis ?

Très honnêtement, ça ne me gêne pas. Je suis sincère dans les actions que je mène. An sé on boug réyel adan sa an ka fè ! En tant qu’artiste guadeloupéen, je n’ai strictement rien à me reprocher. Tous mes choix sont réfléchis. Je sais parfaitement ce que je fais. Je ne fais rien qui puisse aller à l’encontre de mes convictions. Les autres ont le droit de penser ce qu’ils veulent, c’est leur liberté ! Je considère cependant que les gens ne doivent pas dire n’importe quoi. Il est très facile sur le Net ou sur les réseaux sociaux d’être virulent tout en préservant son anonymat. Vous savez, au fond, je ne crains pas les critiqueurs. Je suis un fils du peuple. Quand il le faut, je sais descendre dans la rue. J’ai grandi dans le ghetto.

Vous avez aussi posté une vidéo ?

Oui, mais attention ! Il ne faut pas comme certains ont voulu faire croire, en manipulant l’opinion, que le « son » que j’ai fait était pour mon public… Mais pas du tout ! Ma cible, c’est les gens qui me connaissent, qui me côtoient au quotidien : des artistes, des collègues, des journalistes, des têtes pensantes de la Guadeloupe qui savent parfaitement que c’est à eux que je m’adressais et pas au grand public.

Vous avez été touché ?

Bien sûr ! J’ai eu de la peine mais arrivé à un certain stade, plus rien ne vous  étonne. Je le redis, cette vidéo est une réponse à tous mes détracteurs, surtout ceux qui me connaissent. Certains ont déjà travaillé avec moi. Je suis descendu dans la rue avec eux. Je trouve inacceptable qu’ils soient ainsi les premiers à vouloir me « casser ». Je suis un artiste. Je suis un homme. J’ai le droit de faire des choix. Je sais ce que je fais.

Il a été dit que le cachet de cette pub aurait contribué à effacer l’ardoise du méga-concert de Bercy…

Vous croyez que je vais me rabaisser et répondre à ce genre de remarques ? Vous savez moi, je défends des valeurs guadeloupéennes. Je me bats pour mettre notre peuple à un certain niveau, mettre la créolité à un certain niveau. Je constate qu’ils sont encore nombreux à n’avoir pas  compris mon engagement pour mon pays et pour la langue créole. Il faut que chacun accomplisse sa mission. Moi, je suis un artiste, je fais mon job. Je porte ma pierre à l’édifice du pays, comme vous le journaliste.

Agoulou : Mac Donald devra-t-il vomir ce qu’il a voulu avaler ?

 

Des œufs, des rondelles de tomates, de la viande hachée, une sauce créole au choix, pimentée ou « mayo », c’est la recette basique de l’agoulou guadeloupéen inventé en 1989 par le Basse-terrien Francis Vala, musicien du mouvman kiltirel Voukoum et aussi jeune marchand ambulant.

Le succès de l’agoulou fut tel qu’il détrôna le célèbre bokit et devient très rapidement le sandwich le plus réclamé par une clientèle qui n’hésite pas à faire 30 minutes de queue pour avoir le plaisir gustatif d’avaler comme un « agoulou gran fal » (un gourmand) son agoulou. Le nom a été bien choisi car l’Agoulou de l’ingénieux Vala ne se mange pas, il se fait dévorer.

20 ans après, en 2009, Francis Vala conscient du succès de son produit et de sa recette, décide d’en faire une marque commerciale déposée à l’Inpi dont il est aujourd’hui le propriétaire exclusif.

Quand la campagne de Mc Do démarre en Guadeloupe, le foodtrucker n’en croit pas ses yeux ! Comment Mc Donald’s, cette puissance enseigne de fastfood créé aux Etats-Unis dans les années 50 et qui possède 8 franchises en Guadeloupe, a pu penser que l’agoulou était libre de droit ? Pourquoi le staff de Mc Do Guadeloupe n’a-t-il pas contacté Vala ?

Mc Donald Guadeloupe qui s’est comporté en agoulou aura sans doute à s’expliquer sur ce qui s’apparente à une contre-façon ou à une violation de marque déposée. Admiral T qui a été grassement payé pour cette pub, semble ne pas savoir que Vala n’a pas digéré.